Lettre confidentielle de la Direction du syndicat IG Metall au Président de la Deutsche Bundesbank, M. Jens Weidmann, fictivement

Die Debatte um die deutschen Löhne geht weiter, nimmt man die aktuelle Meldung des Deutschlandfunks „DGB-Chef Hoffmann fordert höhere Reallöhne“ zum Maßstab. Sie zeigt immerhin, dass man das Thema in Gewerkschaftskreisen nach den Gesprächen mit der Deutschen Bundesbank noch nicht ad acta gelegt hat.

Am 24. Juli hatten wir dazu einen fiktiven vertraulichen Brief des IG Metall-Vorstands an den Präsidenten der Deutschen Bundesbank veröffentlicht, den wir auf Anregung eines unserer Leser und dank der Übersetzungsarbeit von Gerhard Kilper – ganz herzlichen Dank dafür! – nun auch in französischer Sprache vorlegen in der Hoffnung, damit einen weiteren Kreis an Lesern zu erreichen.

Avant-propos

Le communiqué récent de la Deutsche Bundesbank quant à une hausse plus forte des salaires en Allemagne faisait sans doute du bruit au sein des syndicats. A la Direction du syndicat IG Metall on se pose, de nouveau, certaines questions. Permettez-moi de vous donner (en forme de lettre fictivement imaginée) un aperçu de problèmes à discuter en premier lieu.

Friederike Spiecker, le 24 juillet 2014

Lettre

Monsieur le Président,

Nous référant à la réunion des représentants de votre maison et des syndicats il y a quatre semaines et nous référant au reportage du magazine „Der Spiegel“ dans son numéro actuel (réf: Bericht in der aktuellen Ausgabe des Spiegel) nous vous prions de bien vouloir éclaircir les propos tout dernièrement émis par votre maison. Par la suite on se pose nombre de questions au sein de notre syndicat. D’abord nous vous remercions vivement que vous favorisez une hausse des salaires en Allemagne. Par votre déclaration vous renforcez notre position dans les négociations tarifaires à mener (supposant que ce que votre économiste en chef a dit était conforme à votre avis et que vous vous concertiez étroitement à l’avance).

Jusqu’ici nous étions d’avis que la Deutsche Bundesbank (de concert avec le ministre des finances) jugeait la modération salariale depuis la fin des années quatre-vingts absolument nécessaire et bon. Tout le monde sait que ça durait des années avant que nous puissions cueillir les fruits de notre modération salariale, socialement dure et difficilement à expliquer à nos salariés. En attendant, beaucoup de pays européens s’adaptent au modèle allemand. N’est-il pas irréfléchi et précipité d’abandonner en Allemagne une politique salariale (portée par la responsabilité des syndicats) justement au moment où cette politique est en train de servir de modèle pour nos pays partenaires ? Pour quelles raisons l’Allemagne comme modèle d’Europe devrait-elle renoncer à une politique salariale raisonnable? Ne risquons-nous pas de perdre notre rang compétitif élevé lequel joue un rôle important pour la métallurgie allemande ?

Depuis quand la formule „Faire réserver l’accroissement de la productivité pour l’emploi“ ne compte-elle plus ? Cette formule exprime aussi l’avis du Conseil scientifique d’économistes (les « sages ») depuis des années 1990 et elle n’a jamais été mise en cause par votre maison. Sur sa base on nous a arraché de larges concessions salariales depuis la deuxième moitié des années 1990.

On est sûrement d’accord avec vous que le chômage constaté par la statistique officielle de 2,8 millions de personnes et le chômage en forme de non- ou sous-emploi de 3,8 millions de personnes signalent, après comme auparavant, un besoin énorme d’emplois supplémentaires en Allemagne. Pourquoi ne devrions-nous pas couvrir le besoin accru d’emplois par une autre modération salariale au lieu de mettre en danger l’emploi existant en épuisant les marges dans les négociations tarifaires? Car selon votre nouvelle vue macro-économique la marge de négociations tarifaires devrait s’orienter à un taux d’inflation exactement défini comme objectif à atteindre et pas au taux d’inflation réellement existant qui se situe beaucoup plus bas. Comme syndicats nous pouvions, dans le passé, accepter l’orientation au taux d’inflation réellement existant parce que nous étions intéressés par une hausse réelle des revenus salariaux à la fin d’une période.

Vos propos nouveaux peuvent-ils être interprétés de telle sorte que nous, syndicats, devrons, dorénavant, mettre en avant l’augmentation du pouvoir d’achat des salaires (favorisant la consommation intérieure) et ne plus attacher de l’importance à la compétitivité internationale de notre économie? Ou s’agit-il plutôt de faire grimper momentanément les prix en zone Euro pour que la Banque Centrale Européenne (BCE) puisse encore atteindre son objectif inflationniste manqué depuis quelques années à la suite d’une politique déflationniste initiée par elle-même (et obtenue par la troica) dans les pays d’Europe du sud ? Quoi à gagner pour nous, salariés allemands, si une hausse plus forte des salaires sera accompagnée d’une hausse analogue des prix en Allemagne ? Concernant la consommation rien ne semble à gagner, mais quant à la compétitivité nous pourrions perdre nos acquis des années dernières. Etant donné qu’une telle situation n’est évidemment pas dans notre intérêt, pourquoi devrions nous, syndicats, aspirer à un tel changement de politique salariale? Gestion et contrôle de l’évolution des prix sont le devoir exclusif de la banque centrale, n’est-ce pas?

Si nous assistons, à présent, à un changement fondamental de la vue et de l’évaluation du fonctionnement réel d’une économie de marché de la part de la Deutsche Bundesbank, nous vous prions de bien vouloir nous exposer des éclaircissements détaillés en ce qui concerne votre pensée nouvelle. Etes-vous dès maintenant d’avis que la responsabilité pour l’évolution des prix incombe aux partenaires tarifaires et que la banque centrale est tenu responsable pour la croissance et l’emploi – c’est-à-dire une inversion de fonction des instruments classiques de la politique économique ? De fait, cela constituerait un changement radical de la part de la Bundesbank et pourrait expliquer pourquoi elle voulait nous parler comme partenaire à égal après bien des années de mutisme à cet effet. En général, nous ne nous opposons pas à cette réorientation, mais nous devrions savoir si nous avons bien compris vos déclarations avant de prendre en compte votre nouvelle ligne d’orientation.

Si les partenaires tarifaires sont tenus responsables de l’observation de l’objectif inflationniste convenu une nouvelle répartition des rôles des acteurs économiques nécessitera que la banque centrale (la Deutsche Bundesbank respectivement la BCE) assume la responsabilité directe pour l’emploi. Pour cette raison la politique d’intérêts de la BCE devrait être fiable à long terme et elle devrait veiller à ce que le taux d’intérêt reste constamment bas de manière que la distance entre le taux de croissance macro-économique et les intérêts réels présente une valeur suffisamment positive. En outre, la BCE devrait insister avec véhémence sur une régulation stricte des marchés financiers, ça veut dire exiger la fermeture du casino international financier actuel pour qu’une politique d’intérêts à niveau bas mène à la réalisation d’ investissions réelles et donc à plus d’emplois au lieu de bulles spéculatives. D’autres appels bon marché de la BCE aux gouvernements européens concernant la régulation financière ne suffiront plus. Il faudrait créer une pression politique crédible – la troïca l’a montré clairement, ça c’est possible – sur les politiques pour qu’on avance enfin dans un changement fondamental de l’ordre économique existant.

De plus – pour souligner la crédibilité du changement – une modification des rôles de fonction des acteurs macro-économiques semble indispensable, surtout le mandat officiel de la BCE reste à redéfinir. La fixation exclusive de la BCE sur le but inflationniste devrait être abandonnée. En revanche il faudrait définir un niveau d’emploi élevé comme nouvel objectif de la politique monétaire. Ce n’est que dans ce cas-là que les syndicats peuvent être sûrs de ne pas offrir en vain leurs prestations préalables selon la règle d’or salariale.

D’ailleurs, de notre point de vue il y a aussi des éclaircissements à donner pourquoi vous comme Président de la Bundesbank êtes tellement sceptique et réticente vis-à-vis de l’introduction du salaire minimum tout en soutenant l’épuisement des marges existantes par les syndicats dans les négociations tarifaires à mener. Si votre scepticisme concernant le salaire minimum repose sur la théorie de la productivité marginale, cette théorie ne devrait-elle être valable non seulement pour les salaires les plus bas, mais pour toutes les catégories de salaires ? Si vous acceptiez la validité générale de la théorie de la productivité marginale vous ne pourriez pas plaider pour une hausse générale des salaires à cause d’une bonne conjoncture parce que la productivité marginale constitue une donnée technique indépendante d’une situation conjoncturelle. Si vous persistez dans votre argumentation que la bonne conjoncture justifie une hausse des salaires, il n’est pas à comprendre pourquoi ceux qui gagnent le moins devraient être exceptés de l’évolution salariale voulue politiquement (et ne constituant pas le résultat du marché).

La situation d’une bonne conjoncture comme justification d’une hausse des salaires nous semble assez problématique. Votre économiste en chef disait : « En somme l’évolution des salaires en Allemagne sur la base de la situation conjoncturelle et des perspectives favorables est tout à fait modérée. » Mais que veut dire « bonne conjoncture » ? Dans votre rapport mensuel actuel vous écriviez à la page 5  (réf: aktuellen Monatsbericht Ihres Hauses) : « L’essor économique en Allemagne a diminué sensiblement dans les deux premiers mois de ce printemps-ci  … L’industrie allemande a abaissé ses activités ce qui pourrait être dû aux tensions géopolitiques accrues. » Et à la page 6 de ce même rapport on peut lire: « Certes, le marché du travail s’est animé, mais sa dynamique s’est ralentie sensiblement ces temps derniers. » Plaidez-vous vraiment pour l’abandon d’une politique responsable de modération salariale au moment où la conjoncture européenne ne tient qu’à un fil ? Ou se trouve-t-il que votre changement radical de vue est dû à une réorientation fondamentale sous forme d’une évaluation nouvelle concernant le bon fonctionnement d’une économie de marché – ce que nous supposons ?

Nous pourrions accepter le changement à 180 degrés dans la répartition des ressorts de la politique économique si tous les acteurs économiques, pas seulement les partenaires tarifaires, mais aussi la banque centrale ainsi que le gouvernement acceptaient, eux aussi, ce tournant à suivre dans la politique économique. Cela signifierait automatiquement qu’une responsabilité élargie pour l’emploi est prise par la politique fiscale ce qui nécessiterait l’abandon inconditionnel et clair de la politique actuelle budgétaire (« pacte de stabilité »). Votre vue nouvelle est-elle due à la découverte de l’enchaînement mutuel de la politique salariale, monétaire et fiscale ? Dans ce cas-là aucun des acteurs peut réussir s’il agit seul. Les acteurs sont dépendants l’un de l’autre – interdépendants, donc une coopération accordée semble inévitable. En conclusion, cela signifie que la réussite d’une réorientation macro-économique concernant le fond dépend d’une politique harmonisée des trois ressorts qui devrait être mise en œuvre par une coordination permanente. Une telle procédure offrirait l’avantage de pouvoir présenter de façon convaincante la réorientation économique au public ce qui est, vu la dimension majeure du changement envisagé, d’une nécessité urgente.

Espérant obtenir des éclaircissements détaillés de votre part, nous restons ouverts pour une coopération plus profonde avec votre maison.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président, recevez nos considérations distinguées, La Direction du syndicat IG Metall.

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